Hétérographies circassiennes

Samedi 28 septembre 2019 18h
Dimanche 29 septembre 2019 17h
Centre International des Arts en Mouvement,
La Molière, Aix en Provence

Quand des chercheurs en sciences humaines montent sur scène avec des artistes- Hétérographies circassiennes

Dans le cadre du Festival Jours [et nuits] de cirque(s) 2019 et du projet Changement de scènes une série de workshops cirque et sciences humaines réunit des professionnels issus d’horizons variés, afin de les faire phosphorer, créer, réfléchir, innover ensemble.

Photo: Jean-François Dars, 2019

Trois duos artiste de cirque-chercheur en sciences humaines ont été constitués :
Vincent Berhault, jongleur et metteur en scène | Vincent Geisser, politologue et sociologue
Karima Direche, historienne | Angela Laurier, contorsionniste
Cédric Paga, clown | Olivier Tourny, ethnomusicologue

Les pièces de ces duos ont été élaborées dans le cadre de workshop conçus par Vincent Berhault et Cédric Parizot avec le soutien du CIAM, du LabexMed, de l’IREMAM, TELEMME et l’IDEMEC. Ils ont amenés, les chercheurs en science humaines et sociales à s’approprier l’écriture circassienne des artistes pour formuler des propositions scientifiques à travers un agencement dramaturgique.

Photo: Jean-François Dars, 2019

Généalogie du projet

Depuis plusieurs années des artistes de cirque développent des collaborations avec des scientifiques (Fourmentraux 2011). Adrien Mondot ou encore Charlène Dray mobilisent des systèmes numériques dédiés pour explorer de nouvelles formes de dramaturgie. D’autres explorent de nouveaux formats autour d’agrès inédits (Jean Michel Guy 2011). Afin de travailler ensemble le mouvement du corps et de l’objet, l’artiste Johan Le Guillerm a poussé particulièrement loin ce type de recherches. D’autres acteurs de l’univers du cirque, ou des arts avoisinants, se sont emparés de la forme académique de la prise de parole, la conférence, pour produire des œuvres hybrides, comme les « circonférences » de J.-M. Guy ou les spectacles de Frédéric Ferrer.

Notre projet s’inscrit dans le prolongement de ces initiatives tout en proposant d’inverser les rapports entre artistes et chercheurs : car il s’agit moins d’amener le cirque à s’appuyer sur les sciences, que de proposer aux chercheurs de s’emparer des écritures circassiennes. N’étant plus confinés dans un rôle de consultants ou de techniciens au service de l’artiste, les chercheurs émergent comme des auteurs au même titre que l’artiste. Ce projet s’inscrit donc également dans le prolongement des expérimentations menées par des anthropologues (Schneider et Wright 2006, Parizot et Stanley 2016) ou des collectifs scientifiques et artistiques (V et V. De Lavenère, GDRA, antiAtlas des frontières). Jouant sur l’articulation et les circulations entre humanités et arts, ils envisagent le potentiel créatif et heuristique des déplacements et des perturbations provoqués par ces expérimentations. L’enjeu n’est donc plus d’évaluer la capacité d’inspiration que la science peut apporter au cirque, ni celle de traduction ou de valorisation que le cirque peut apporter à la science (Raichvag et Walmer 2000), mais plutôt de démontrer comment l’articulation de ces démarches peut renouveler profondément nos pratiques respectives.

Photo: Jean-François Dars, 2019

Dispositifs artistiques critiques

Ces expérimentations ont impliqué les artistes et les chercheurs dans un rapport collaboratif pour élaborer ensemble une écriture au croisement de la création artistique et de la recherche. Il ne s’agissait donc pas que l’artiste mobilise le chercheur comme simple consultant, ni que le chercheur instrumentalise l’artiste comme un technicien talentueux. Ces expérimentations ont au contraire permis d’ouvrir des moments et des espaces dans lesquels artiste et chercheur ont confronté, testé et se sont approprié les modes d’écritures, les pratiques et les démarches de l’autre. L’enjeu n’était pas que l’un adopte la pratique de l’autre ou que les deux inventent des pratiques hybrides mais de jouer sur le caractère créatif et heuristique des déplacements et des écarts qu’ont généré ces expérimentations.

Photo: Jean-François Dars, 2019

Les travaux menés par certains anthropologues autour de l’intégration de la pratique artistique à la recherche (Schneider et Wright 2006, Parizot 2016) ont montré qu’à travers les perturbations et les repositionnements qu’elles entrainaient chez les participants, ces expérimentations art-science peuvent jouer le rôle de dispositifs artistiques (Fourmentraux 2010) critiques (Caillet 2014). C’est-à-dire qu’elles amènent à la fois artistes et chercheurs envisager de manière critique leurs pratiques et les modalités à travers lesquelles ils s’engagent, pensent, représentent et mettent en forme le monde qui les entourent (Caillet 2014).

Photo: Jean-François Dars, 2019

Des écritures inédites au potentiel artistique et heuristique fort

En élargissant des expérimentations de co-production d’œuvres menées par Vincent Berhault et Cédric Parizot depuis 2016 (Chroniques à la frontière, Entre, Oligoptik), ce projet visait deux objectifs principaux : confirmer l’hypothèse de travail selon laquelle la confrontation et la circulation des écritures entre cirque et recherche en sciences humaines et sociales recèle un potentiel artistique et heuristique fort ; jeter les bases d’une forme d’écriture et de création inédite pour le cirque et la recherche en sciences humaines et sociales.

Photo: Jean-François Dars, 2019

Photo: Jean-François Dars, 2019

Photo: Jean-François Dars, 2019

Vidéos

Partenaires

Compagnie Les Singuliers
antiAtlas des frontières
Centre international des arts en mouvements, Aix en Provence
Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans
Projet LabexMed
Aix Marseille université
CNRS

Photo principale: Jean-François Dars, 2019