antiAtlas Journal #03 Traverses

Le numéro 3 de l’antiAtlas Journal vient de paraître, décembre 2019: www.antiatlas-journal.net

Comité de rédaction : Jean Cristofol, Anna Guillo et Cédric Parizot. Conçu par Thierry Fournier, le design en « articles-paysages » renouvelle l’expérience des publications de recherche sur le web. Programmation Papascript : Alexandre Dechosal et Maxime Foisseau.

Le numéro 3 propose des articles qui contribuent de façons différentes, soit à partir de l’évolution des espaces frontaliers, soit à partir de réflexions sur les démarches de recherche en art, à interroger les éléments fondateurs de notre démarche. Ce numéro vaut pour les pistes qu’il ouvre, les investigations qu’il vient poursuivre et les questions qu’il pose.

Sommaire

– Jean Cristofol, Introduction antiAtlas journal #3 : Traverses
– Edward Boyle & Mirza Zulfiqur Rahman, Marchés informels et flux varianles dans des zones frontières fragiles
– Thomas Cantens, Frontières fragiles en Afrique sub-saharienne : le nexus, économie et insécurité aux frontières
– Arianna Cecconi et Tuia Cherici, Oniroscope : du texte à la texture du rêve
– Jean-Paul Fourmentraux, Œuvres frontières : art, science, technologie
– Edmund Harriss et Rhett Gayle, Une ébauche de la théorie des catégories à destination des designers

Recherche, arts et pratiques numériques #11: Demo (or die!) Technologie, art, science ?

10h-13h00 Mercredi 26  avril 2017,
IMéRA,
2 place Le verrier
13004 Marseille

Comité d’organisation : Jean Cristofol (Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence), Jean-Paul Fourmentraux (LESA, AMU, Centre Norbert Elias, EHESS), Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/AMU), Manoël Penicaud (IDEMEC, CNRS/AMU)

Recherche, art et pratiques numériques est une séminaire transdisciplinaire qui s’intéresse aux perturbations productives que génèrent les collaborations entre les chercheurs en sciences humaines et les artistes dans le domaine du numérique. Il s’inscrit dans la suite des réflexions et des expérimentations que nous avons menées à l’IMéRA dans le programme antiAtlas des frontières depuis 2011 tout en élargissant notre questionnement au-delà de la seule question des frontières. (Lire la suite)

Demo (or die!) Technologie, art, science ?

Claude Rosental (anthropologue, CEMS CNRS/EHESS)
Usages des démos dans le domaine des sciences et des technologies

Dans le cadre de ma communication, j’analyserai un certain nombre de pratiques de démos dans le domaine des sciences et des technologies. Je montrerai comment de nombreux scientifiques et ingénieurs utilisent aujourd’hui les démonstrations publiques de technologies comme des outils d’échange et de coordination, des dispositifs cognitifs et relationnels, des instruments de mobilisation et de concurrence, ainsi que des ressources pour la conception, la gestion et l’évaluation de projets. Je m’appuierai pour cela sur des enquêtes que j’ai réalisées sur les usages des démos par des scientifiques et des ingénieurs américains et européens. Ces enquêtes illustreront la manière dont des démo-craties – régimes qui utilisent les démonstrations pour la gestion des affaires publiques – se sont développées dans les sociétés contemporaines.

Etienne Cliquet (Artiste et chercheur – ISDAT – Ecole des beaux arts Toulouse)
La démo non théâtrale

Dans un texte intitulé « La performance non théâtrale » paru en 1976, l’artiste américain Allan Kaprow à propos des performances de ses contemporains se demandait si elles relèvent ou non du théâtre. Je voudrais à mon tour poser cette question à propos de la démo aujourd’hui. Comme lui, je partirai d’exemples précis de démos en incluant ma propre expérience de la chose. Pour le reste, j’éviterai la recherche d’une typologie de la démo comme ce fût le cas de la performance (happening, events, etc.). Impliquant une réflexion sur la place d’Internet et du numérique, il faut se demander quelles sont les raisons historiques, les implications politiques et les conséquences d’un art non conventionnel, sans public mais en public, c’est à dire non théâtral.

Samuel Bianchini (Artiste et chercheur, EnsadLab, Paris)
Démonstrateur(s) : concevoir et expérimenter des dispositifs artistiques interactifs avec des affordances sans usage et sans fins

De Douglas Engelbart au fameux “Demo or Die” du MIT analysé par Peter Lunenfeld, le terme “démo” explicite le principe d’une démonstration qui vise à faire comprendre les ressorts d’une action réussie, le plus souvent avec un objet technique, et, par ce biais, cherche à convaincre l’auditoire de la qualité de l’objet technique en question. Le terme “démonstrateur” est, quant à lui, plus polysémique ; il est difficile de savoir s’il s’agit de la personne qui réalise la démonstration, du dispositif technique qui supporte cette démonstration ou de ce même agencement technique offert en test à un public choisi et accompagné. En effet, le terme “démonstrateur” est couramment utilisé en ingénierie pour désigner un premier dispositif suffisamment fonctionnel pour être soumis à des expériences d’usage. Dès lors, lorsque des collaborations entre ingénierie et art conduisent à réaliser un dispositif en commun, est-il possible de considérer ce dernier comme démonstrateur du point de vue des ingénieurs et comme œuvre pour les artistes ? Si une telle différence d’appréciation peut exister, les attentes des uns et des autres sont-elles si différentes lorsque l’on sait à quel point les œuvres à forte composante technologique nécessitent d’être testées ? L’exposition peut-elle être alors considérée comme un espace de tests où l’expérience du public est autant celle qu’il produit pour lui-même, son expérience esthétique, qu’une expérience à laquelle il contribue, une sorte de test “utilisateur” ? Une sorte seulement, car si les œuvres opèrent, elles ne sont pas pour autant mues par des fonctions : ici, nuls modes d’emploi, tâches à accomplir ou objectifs à remplir. Comment concevoir des agencements et agentivités, envisager des affordances, pour des expériences esthétiques sans fins ? Ce sont ces quelques questions qui seront abordées à partir de l’expérience de l’auteur, à la fois de son point de vue d’artiste et de chercheur.

Photographie : Temps libre installation interactive, 2004, Samuel Bianchini, Sport Factory, exposition collective, La Gare Saint-Sauveur, Lille, France, mai – septembre 2012. Photographie : © Samuel Bianchini.

Recherche, arts et pratiques numériques #3: une UMR entre arts et sciences ?

Mercredi 2 mars 2016,
IMéRA
2 place Le verrier,
13004 Marseille

Comité d’organisation : Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/AMU), Jean Cristofol (Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence), Benoit Fliche (IDEMEC, CNRS/AMU), Jean-Paul Fourmentraux (LESA, AMU, Centre Norbert Elias, EHESS)

Recherche, art et pratiques numériques est une séminaire transdisciplinaire qui s’intéresse aux perturbations productives que génèrent les collaborations entre les chercheurs en sciences humaines et les artistes dans le domaine du numérique. Il s’inscrit dans la suite des réflexions et des expérimentations que nous avons menées à l’IMéRA dans le programme antiAtlas des frontières depuis 2011 tout en élargissant notre questionnement au-delà de la seule question des frontières. (Lire la suite)

Une UMR entre Arts et Sciences ?

Jean Claude Risset, directeur de Recherche émérite AMU/LMA)
Introduction

Jacques Sapiéga, maître de Conférences émérite, ASTRAM, Aix Marseille Université
Arts, sciences, numérique : jeux et enjeux de l’interdisciplinarité

Une UMR entre Arts et Sciences au sein d’AMU n’est pas un projet « dans l’air du temps ». C’est le résultat d’une histoire qui commence à Marseille dans les années 70, comme le rappelle Jean-Claude Risset, dont les travaux au sein du LMA auront des conséquences déterminantes. Dans les années 80, la naissance du futur Département des Sciences Arts et Techniques de l’Image et du Son au sein du secteur Sciences de l’Université de Provence marque une autre étape. Les forces qui se rejoignent aujourd’hui pour créer cette unité de recherche auront très tôt des contacts, notamment à partir de la publication du « Rapport Arts Sciences Technologies » sous la direction de Jean Claude Risset (mars 1998). Jacques Sapiega rappellera quelques exemples de collaborations / créations réalisées entre laboratoires à partir de la fin des années 90, avant d’aborder les problèmes théoriques et méthodologiques que posent les interactions entre Arts et Sciences, à partir de l’histoire de cet objet fondamentalement interdisciplinaire qu’est l’art cinématographique (de l’optique au numérique).

Richard Kronland-Martinet, directeur de recherche au CNRS – Laboratoire de Mécanique et d’Acoustique – Marseille
Les métaphores sonores : une approche interdisciplinaire des processus de contrôle de la synthèse sonore

L’avènement des technologies numériques, dans les années 50, a bouleversé le domaine de la synthèse des sons. Dès lors, était-il possible de manipuler avec une extrême précision les éléments constituants l’onde sonore et d’accéder aux relations intimes qui associent la structure physique des sons à leur perception. Ces connaissances se sont naturellement bâties autour de recherches menées dans des domaines aussi variés que ceux de la musique, la physique, l’informatique, les sciences cognitives… C’est grâce au croisement et à l’interaction de ces disciplines qu’une meilleure compréhension du son s’est forgée, induisant des ruptures technologiques, scientifiques et sociétales d’importance.
Aujourd’hui, les nouvelles technologies ne cessent d’accroitre les possibilités d’expérimentation, produisant des connaissances toujours plus pointues à partir desquelles une interrogation interdisciplinaire devient à la fois plus difficile mais aussi plus essentielle. Dans cet exposé, nous focaliserons la question de l’interdisciplinarité sur le problème du contrôle perceptif des processus de synthèse. Nous montrerons comment il est possible de contrôler la structure ondulatoire de sons en s’appuyant sur un paradigme issu de recherches dans les domaines de la musique et des sciences cognitives. Ce paradigme ouvre la voie à de nouvelles représentations du timbre sonore, tout en permettant un contrôle intuitif et incarné des sons réalistes mais aussi inouïs, basé sur la notion de métaphores sonores.

Peter Sinclair, artiste et enseignant Ecole supérieure d’art d’Aix en Provence
La Recherche Création (Mise) en pratique à Locus Sonus

Locus Sonus est une des premières unités de recherche permanentes rattachées aux écoles d’art et reconnues par le ministère de la culture. Peter Sinclair décrira l’approche transdisciplinaire de la recherche qui s’est développé au cours des dix années d’existence du laboratoire. Il plaidera pour une méthode de recherche qui donne une place centrale à la pratique expérimentale artistique. Il évoquera les problématiques partagées avec les autres membres du futur UMR et les perspectives qu’il voit s’ouvrir avec ce projet.

Discussion

Cyril Isnart, anthropologue, chargé de recherche, Institut d’Ethnologie et Méditerranéenne, Européenne et Comparative, CNRS/AMU)
Olivier Tourny, musicologue, chargé de recherche, Institut d’Ethnologie et Méditerranéenne, Européenne et Comparative, CNRS/AMU, Ecole Française de Rome

Image: Locus Sonus

Recherche, art et pratiques numériques #1: introduction

Mercredi 13 Janvier 2016,
IMéRA,
2 place Le verrier,
13004 Marseille

Comité d’organisation : Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/AMU), Jean Cristofol (Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence), Benoit Fliche (IDEMEC, CNRS/AMU), Jean-Paul Fourmentraux (LESA, AMU, Centre Norbert Elias, EHESS)

Introduction

Ce séminaire transdisciplinaire s’intéresse aux perturbations productives que génèrent les collaborations entre les chercheurs en sciences humaines et les artistes dans le domaine du numérique. Il s’inscrit dans la suite des réflexions et des expérimentations que nous avons menées à l’IMéRA dans le programme antiAtlas des frontières depuis 2011 tout en élargissant notre questionnement au-delà de la seule question des frontières. (Lire la suite)

Jean Cristofol, philosophe, Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence
Art, sciences et processus exploratoires

La vieille question des relations entre arts et sciences a pris, depuis quelques années, une nouvelle actualité. Elle s’est aussi transformée, élargie, renouvelée. Il est donc nécessaire de l’aborder autrement. Il faut s’interroger sur la diversité des formes de la connaissance scientifique elle-même et sur le rôle des sciences humaines et sociales. Il faut tenir compte de l’impact des technologies de l’information et du développement des techno-sciences. Mais il fait aussi prendre en compte l’évolution des pratiques artistiques elles-mêmes. On a encore tendance, quand on pense à l’art, et en particulier aux arts plastiques ou visuels, à faire référence aux pratiques traditionnelles de la peinture, de la sculpture, du dessin et aux différentes disciplines qui leurs sont associées. Pourtant, dès le XIX° siècle avec la photographie, puis de plus en plus largement au XX° siècle avec le cinéma, la vidéo, les pratiques artistiques se sont considérablement diversifiées. Les technologies numériques ont radicalement généralisé et prolongé ce déplacement, parce qu’elles ne constituent plus un médium ni même un média particulier, mais qu’elles se développent à l’échelle de la société toute entière. Elles en pénètrent, traversent et font muter l’ensemble des pratiques, qu’elles soient de conception, de communication ou de production. Les artistes se trouvent de plein pied dans ce qui constitue la matière même dans laquelle s’articulent les relations à la connaissance et à l’action. La diversification et la transversalité des pratiques artistiques contemporaines, qu’elles fassent usage ou non des technologies numériques, ne peuvent se comprendre sans prendre en compte le caractère fondamental de ces bouleversements, parce qu’ils touchent à la matière même dans laquelle la culture s’articule.

Jean-Paul Fourmentraux, sociologue, LESA, AMU, Centre Norbert Elias, EHESS
Créer à l’ère numérique : arts, sciences, technologies

Qu’est-ce que « créer » dans un contexte interdisciplinaire hybridant arts, sciences et technologies numériques ? Depuis une vingtaine d’années le numérique bouscule les frontières entre des domaines de l’activité artistique qui étaient jusque-là relativement cloisonnés : arts plastiques, littérature, spectacle vivant, musique et audiovisuel. Nombre de projets artistiques en lien avec les technologies informatiques et multimédias mettent en œuvre des partenariats pluridisciplinaires où cohabite le théâtre, la danse, le cinéma ou la vidéo et le son. La création artistique et la recherche technologique, qui constituaient autrefois des domaines nettement séparés et quasiment imperméables, sont aujourd’hui à ce point intriqués que toute innovation au sein de l’un intéresse (et infléchit) le développement de l’autre. Les œuvres hybrides qui résultent de leur interpénétration rendent irréversible le morcellement des anciennes frontières opposant art et science. La manière inédite dont celles-ci se recomposent amène à s’interroger d’une part sur l’articulation qui, désormais, permet à la recherche et à la création d’interagir, et d’autre part sur la redéfinition des figures de l’artiste ainsi que des modes de valorisation des œuvres spécifiques à ce contexte. Car plus que de transformer seulement les modalités du travail de création, un enjeu tout aussi important de ces partenariats réside dans la nécessaire redéfinition de la (ou des) finalité(s) de ce qui y est produit. La question cruciale devenant alors celle de la clôture de l’œuvre et de ses mises en valeurs entre logiques artistiques (qualité esthétique, projet d’exposition) et technologiques (recherche et développement, transfert industriel). Le suivi d’« affaires » de recherche-création en art numérique (Fourmentraux 2013) nous permettra d’éclairer en effet ces enjeux renouvelés qui entrainent une transformation des modes d’attribution et de valorisation des œuvres, partagées entre art, science et développement technologique.